jeudi 16 janvier 2014

Senocingétos.



Le combat  a duré tout le jour...

Senocingétos chevauche le champ de bataille couvert de morts.
Avec lui un seul ambact, l’ami, le frère.
Sur eux,  la nuit tombe.
Une ombre, un bruit, un murmure, une plainte.
C’est un Cimbre. Il est ensanglanté et se traîne sur le sol. Il est  demi mort
Il râle, il supplie : « Aa. Mitleit !Aa …»
La main du suivant se crispe sur le  pommeau de son épée.
-« Quelle malédiction ce diable d’homme crache-t-il sur nos têtes ? »
Mais  Senocingétos  bloque son bras.
-« Il demande  juste de l’eau et de la pitié… »
Senocingétos tend à son servant la gourde qui pend à la selle de son cheval, il lui dit :
-« Donne lui à boire. »
L’ambact s’exécute, mais tandis qu’il se penche, l’autre se tord brusquement et lance un poignard, lequel passe si près de Senocingétos qu’il lui entaille la joue. Son cheval rue et manque de le jeter à terre.
L’ambact  prend le Cimbre à la gorge et déjà l’épée est dans sa main.
 Senocingétos dit :
- « Donne-lui quand même  à boire ».

vendredi 10 janvier 2014

Ça tire le poil...

Aujourd'hui, c'est le second jour clair  de la lunaison sombre de miđ Riuros , de l'année 3886 de l’ère de la bataille de la Plaine des Tertres. Les Dieux nous sont propices car depuis plusieurs jours, Maître Clyde n'allume le feu que le soir.  Il ne fait pas froid, mais il fait humide et la terre glaireuse colle à mes poils...
Il faut dire que dès que s'ouvre la porte, je fonce comme une dératée. Et que  contrairement à Einstein qui n'accroche rien ou pas grand chose, moi, mon poil fait corps avec la terre et l'argile.
J'ai sous le ventre et les pattes, des boulettes de terre... Ça tire un peu sur le "ventrou". 

Là, c'est le soir, le début de la nuit et  Maître Clyde m'appelle....
 -"Benca! au pied! assise! couchée! roule et montre moi le ventrou!" 

Je suis une bonne fille, aussi j'obéis...
-"Benca, où as tu donc traîné? Tu es pleine de terre et pleine de noeuds!" 
Bien que Maître Clyde fasse attention, ça tire sur le ventrou, lorsqu'il enlève les boulettes d'argile.  Ça tire un peu, mais finalement pas trop.  
Dans mon ancienne vie, ils s'en foutaient que je sois "bouyeuse". Moi, je sais qu'il faut savoir souffrir pour être jolie! 
Moi, j'ai très envie d'être jolie, dès lors... Tu peux me tirer les poils du ventre, Maître Clyde!

Ton amie à quatre pattes, Benca TriCanauos.



mercredi 1 janvier 2014

Bratu (Le voeu)

Aujourd'hui, c'est le septième jour  de la lunaison sombre de miđ Dumann , de l'année 3886 de l’ère de la bataille de la Plaine des Tertres. 
Une nouvelle année s'est écoulée dessus nos têtes et par les cornes du bouc! Ça été une sacrée belle année! Bien sur Maitre Clyde a eu quelques blessures, dont son nez cassé. Mais ce sont là, les risques du quotidien. E'Clyde et moi avons aussi eu droit à quelques bobos. Rien de bien grave ne nous est cependant arrivé que les Dieux en soient remerciés.
Cette année, comme les années précédentes, les croquettes étaient fraiches et croquantes, le pâté de chien savoureux et nous avons découvert un met délicieux, jusqu’alors inconnu de nous: Le corned-beef! 
Cette année, nous avons tous eu bonne santé et ça été aussi le cas de la Mamie et d'Erkan. (Même si Erkan est gros comme une vache et qu'il devrait vraiment se mettre au régime).
Cette année, si l'hiver a été très très long, l'été a été radieux. En vrai, ça été le plus bel été depuis que je suis né. Benca qui est plus vieille, le pense aussi...

 Aujourd'hui, Maitre Clyde nous a dit que c'était aussi le premier jour de l'an 2014. Il dit  que c'est un jour un peu magique. Un jour où on fait des vœux pour soi et pour ceux qu'on aime.
J'en ai parlé avec Benca et Clyde et nous sommes venus à la conclusion que nous ne souhaitons rien de plus pour 2014, que ce que 2013 nous a  offert. Que la vie continue ainsi! Car parole de chien! C'est une chouette belle vie que la notre!
Dès lors nos bons vœux  seront pour vous, étranges bipèdes  qui nous faites la grâce de nous lire.

Que les Dieux vous accordent, (ainsi qu'à ceux qui comptent pour vous), la santé du corps, la paix dans l'esprit et la joie dans le cœur pour cette année qui nait.




Votre ami à quatre pattes,  Einstein TriCanauos, Ambact du clan Gallo-canin de la vieille forge.

lundi 23 décembre 2013

Les funérailles de Senocingetos.



Bien entendu, il m’était souvent déjà arrivé de participer à des obsèques. Celles de mon propre père, celles de voisins, celles de gens communs. Cependant ce fut la première fois où j’assistais à celles d’une légende.
Ce jour était le  dixième jour clair du mois de Dumann, année 1830 de l’ère de la bataille des tertres. C’était aussi la nuit la plus longue de l’année.
Senocingétos, le « vieux guerrier »  s’en était allé  depuis plusieurs semaines et  tous ceux qui comptaient importance à cent lieues  à la ronde  au nord de Sequana, venaient ou diligentaient chez nous des ambassades. Car demain serait le jour où Senocingétos prendrait son envol.
Notre village  semblait alors être devenu le  centre du monde.
Je ne puis vous dire ce qui a pu se dire, cette nuit là dans la maison des illustres invités. Car je n’y avais  bien entendu, pas ma place.  Cependant, j’étais dans celles « des suivants ». Servant modeste de mon clan, je côtoyais les plus fiers Ambactos de la Gaule Belgique. Outre ceux de nos frères Ambiens et Morins, il y avait là, ceux de Corré le Bellovaque, de Galba le Suession, de Boduognat le Nervien. Il y avait même ceux d’Andecumbor le Rème, lequel était venu en personne et ce, bien que ses amitiés avec Rome, rendaient nos relations  quelque peu orageuses…
Il y avait aussi et surtout le frère de lait de Commios Ad-Tréba-Ti. Celui qui venait du clan voisin et ami, (de l’autre côté de la colline).
                               
Tambours et flûtes jouent tout doucement…
Au coin du feu, un membre de la soldatesque, au visage traversé d’une énorme cicatrice, chante d’une voix douce et tremblante :
 -« Senocingétos s’en va vers les îles divines… Il marche sans peur, car son âme est éternelle. Fier et droit, il attend le passeur et sa barque sombre. Il me tarde de suivre le chemin de Senocingétos… »
Les autres sont là, les jambes croisées comme le Dieu Kernunnos.  Ces paillards, féroces guerriers sur les champs de bataille, l’écoutent  sagement comme le feraient de petits enfants... Leurs visages sont fermés et leurs yeux embués.
Un vieux  dit alors :
-« Haut les cœurs, mes frères ! Senocingétos  est  heureux, il nous quitte après une longue vie et il a sa place aux îles de l’ouest, en compagnie des Dieux, des héros et des meilleurs parmi nos pères.   »
Un autre, (il est tout jeune)  demande :
- « Es tu sûr de cela ? Il n’est pourtant pas mort au combat? »
Un  autre, colérique rétorque :
-« Senocingétos fut de tous nos combats. Il combattait déjà pour nos gloires, au temps où le père de mon père n’était encore qu'un enfant !»
Un sage explique:
-« Senocingétos était déjà un homme mûr, lorsque avec les nôtres il marcha vers l’est au devant des Cimbres et les Teutons qui profanaient les terres sacrées des Belges.  Il fut de ceux qui les  mirent en fuite en exposant son torse sans cuirasse et en crachant sa juste colère, comme  le soufflet de cuir attise les flammes de la forge. »
Le frère de lait de Commios dit :
-« Quel barde n’aurait pas à cœur d’entonner pour lui des chants élogieux? Toi, Labros, qu’en penses tu?»
Labros répond :
-« Chanter la gloire de Senocingétos serait  pour moi un honneur et un privilège. Ma seule peur serait de ne point  en être digne. Mais vous, vous lui rendez bien plus bel hommage que ne le feront les puissants de la maison d’à côté.  Senocingétos était l’un des vôtres… »
Alors le premier reprend:
-« Senocingétos sa vie durant a honoré les Dieux que prient nos tribus. Il n’a pas fait le mal et bien des gens avant nous, ont vanté sa bravoure.
Aussi, je ne  doute pas un instant que Senocingétos quittera demain le cycle des renaissances.
C’est pourquoi, je vous le dis : Senocingétos est heureux et chanceux !»

mercredi 11 décembre 2013

AdloBilio & Marusa LauaLaros, Lexsouia (Le bel arbre & la petite poule boiteuse morte.)

Hier, c'était le quatorzième jour de la lunaison sombre de miđ Samon, de l'année 3886 de l’ère de la bataille de la Plaine des Tertres. Ce fût à la fois une journée gaie, mais aussi bien triste.

Le début de l'après midi fût triste, car  Maitre Clyde et moi alors que nous allions  nourrir la volaille, avons découvert Lexsouia, (la  boiteuse) morte dans le bucher. Elle y était  installée depuis quelques jours, lorsque le maitre l'avait découverte malade au poulailler. Elle tenait compagnie à Commios l'Atrébate, l'exilé. 
Cela a été une grande tristesse de la retrouver toute raide couchée sur la mangeoire à grains. Maitre Clyde n'a rien dit, mais j'ai vu que cela l'avait affecté. 
Je crois  cependant que Commios l'est encore plus. La petite boiteuse était la dernière poulette "Gauloise cendrée". Désormais, il est le dernier de sa race... Il est seul  dans le bucher, depuis que les autres coqs ont tenté de lui faire la peau.




Néanmoins la journée fût  aussi gaie. Maitre Clyde a ramené un peu plus tard,  à la maison un petit  sapin... C'est une folie qui lui prend tous les ans, du moins depuis que je suis arrivé ici.
 C'est ainsi, quelques jours avant le jour le plus court et la nuit la plus longue de l'année, il ramène cet arbre à la maison et on le décore. 
Maitre Clyde l'appelle "sapin de Noël". 
Moi, j'ai beau n'être qu'un chien, j'ai bien compris qu'il y avait   là, une petite ambiguïté.  Nous, normalement, nous sommes des Gaulois, des Celtes!  C'est du moins ce qu'il nous explique tout le long de l'année.  Les Gaulois, j'en suis certain ne ramenaient pas de sapins dans leurs maisons...
Taquin, j'interroge à ce propos, maitre Clyde. Il répond:

-" Ce que tu me dis est vrai. Le sapin n'est peut être pas vraiment gaulois... Mais, une certaine nuit, il semble être  comme "nécessaire" pour attirer les cadeaux, les balles et les os à mâcher...
S'il n'y avait pas de sapin à la maison cette nuit là, il n'y aurait sans doute pas de cadeau pour toi, Einstein et Benca. Serais tu prêt à prendre ce risque?" 
...
...
...
C'est bon, je suis convaincu! Où sont donc rangées les décorations pour le rendre plus joli?





Ton ami à quatre pattes, E'Clyde TriCanauos 

vendredi 6 décembre 2013

GiamaNoxt (nuit d'hiver)

Nuitamment , c'est la naissance du onzième jour de la lunaison sombre de miđ Samon, de l'année 3886 de l’ère de la bataille de la Plaine des Tertres et je crois pouvoir dire qu'ici c'est pour de vrai la première nuit de notre hiver, car Maitre Clyde, a allumé les bougies. Il n'allume les bougies qu'au cœur de la saison froide, juste  les soirs où il ne travaille pas et reste avec nous. 
J'aime les bougies, j'aime regarder leurs petites flammes qui dansent dans la nuit. On dirait des fées.

Ce soir est une bien douce nuit. Le temps nous est propice et  le froid n'est pas encore vraiment au rendez-vous. Au coin du feu, il fait chaud sous les pattes!
Einstein  est à la cuisine. Il partage son panier avec Druuidos.
E'Clyde lui  est un peu chagrin, car le maitre lui a refusé une dernière partie de balle. Du coup, il s'est couché à mes côtés et il boude un peu. 
Son gros croupion est contre moi. Il me chauffe les fesses et je dois dire que cela n'est pas désagréable.
 Maitre Clyde écrit. Je ne sais pas trop  sur quoi... Peut être écrit il des histoires de Gaulois, peut être écrit sur nous et sur cet  instant finalement, sans grande importance. 
Qu'importe,  ce soir on est bien...

J'entends Einstein qui soupire de l'autre côté de la porte. Sans doute que Druuidos prend trop de place dans le panier.
E'Clyde ne fait plus son grognon, il est descendu du divan pour mendier une caresse et il l'a eu.
Maitre Clyde écrit toujours, il a un petit sourire au visage.
Moi j'ai fait mine de fermer les yeux, mais je  veille et j'observe mon clan.

C'est bon de vivre ici.

Ton amie à quatre pattes, Benca TriCanauos.



vendredi 29 novembre 2013

La dernière nuit de Samain.

Aujourd'hui, c'est le quatrième jour de la lunaison sombre de miđ Samon,de l'année 3886, de l’ère de la bataille de la Plaine des Tertres. C'est aussi et je le découvre la dernière des trois nuits de Samain.Perdus dans nos soucis et le tracas de notre quotidien, nous les avions oubliées...
Cependant aux Dieux on ne le fait pas! 
Ils ont fait en sorte que Maitre Clyde jette justement un œil  aujourd'hui, sur le calendrier de Coligny et d'Auetos. 
Ils ont  fait en sorte que notre clan Gallo-Canin ne rate pas ce jour spécial! C'est preuve qu'ils sont sur nous! Moi, ça me rassure!

Notre seul souci, c'est que nous n'y avions pas pensé... (Honte sur nos têtes)
A cette heure, chiens et homme avions déjà diné. 
A cette heure, nous étions à deux doigts d'aller nous coucher...
Mais Maitre Clyde ne s'en est pas laissé conter. Il a rappelé Einstein TriCanauos, (le grogneur du soir et en jouant de ses doigts sur sa gueule, il l'a fait  gronder et chanter  comme un Carnyx de guerre:
 "Huuuuum WaaaHuuuuuuuuuuuumWaa...."
Benca et moi nous écoutions sagement couchés sur le divan.
Maitre Clyde a dit: 
-". Samanios, c'est la réunion, c'est le partage. Bien sur il n'est pas question ce soir de banquet ou de beuverie. Mais vous avez droit de goûter  quelques gouttes de vin blanc!".
Einstein a refusé. Il a fait de la peine à maitre Clyde.
Moi, je me suis forcé. Cela l'a fait sourire.
Benca a adoré, (en vrai elle en a même redemandé) et lui, il était ravi.

Sur le coup, moi j'étais jaloux et je me suis juré que:
-"L'an prochain, j'aimerai le vin! Promis juré ! "

E'Clyde TriCanauos, Ton ami à quatre pattes.


PS: Tandis que je regardais  avec les yeux plein de tristesse, maitre Clyde clôturant ce message, il m'a de nouveau proposé un doigt de vin.J'ai bu sans hésiter et même si ce n'est pas fameux. J'ai vu que cela le ravissait!
Il m'a dit:
-"Alors ? C'est bon?"
J'y ai répondu:
-"Le vin, c'est drôlement bon! Même si ça pique un peu au museau! Mais çà Einstein ne peut pas le comprendre!"
Il m'a dit:
-"Tu as raison, Einstein ne peut pas le comprendre, mais chut... C'est là notre secret."

Un  secret, juste à lui et moi! Quel bonheur! Mon cœur de chien s'emballe!

-"Un secret à nous..." chuchote Benca avachie sur le divan.





samedi 23 novembre 2013

Laua, ( La petite)

Laua,

Aujourd’hui, la mer et le vent sont plus gris qu’à l’habitude.
Ils pleurent Laua, qui s’en va seule vers l’île divine.
Aujourd’hui, la mer et le vent sont plus gris qu’à l’habitude.
Ils emmènent Laua au pays des vivants, par-delà les souffles froids de Borée.


Aujourd’hui la mer et le vent sont plus tristes qu’à l’habitude...

lundi 4 novembre 2013

Poème Barbare

Une nuit claire, un vent glacé. La neige est rouge.

Mille braves sont là qui dorment sans tombeaux,

l'épée au poing, les yeux hagards. Pas un ne bouge.

Au−dessus tourne et crie un vol de noirs corbeaux.



La lune froide verse au loin sa pâle flamme.

Hialmar se soulève entre les morts sanglants,

appuyé des deux mains au tronçon de sa lame.

La pourpre du combat ruisselle de ses flancs.



−holà !  Quelqu'un a−t−il encore un peu d' haleine,

parmi tant de joyeux et robustes garçons

qui, ce matin, riaient et chantaient à voix pleine

comme des merles dans l' épaisseur des buissons ?



Tous sont muets. Mon casque est rompu, mon armure

est trouée, et la hache a fait sauter ses clous.

Mes yeux saignent. J'entends un immense murmure

pareil aux hurlements de la mer ou des loups.



Viens par ici, corbeau, mon brave mangeur d' hommes !

Ouvre−moi la poitrine avec ton bec de fer.

Tu nous retrouveras demain tels que nous sommes.

Porte mon coeur tout chaud à la fille d'Ylmer.



Dans Upsal, où les Jarls boivent la bonne bière,

et chantent, en heurtant les cruches d' or, en chœur,

à tire d' aile vole, ô rôdeur de bruyère !

Cherche ma fiancée et porte−lui mon coeur.



Au sommet de la tour que hantent les corneilles

tu la verras debout, blanche, aux longs cheveux noirs.

Deux anneaux d' argent fin lui pendent aux oreilles,

et ses yeux sont plus clairs que l' astre des beaux soirs.



Va, sombre messager, dis−lui bien que je l' aime,

et que voici mon coeur. Elle reconnaîtra

qu' il est rouge et solide et non tremblant et blême ;

et la fille d'Ylmer, corbeau, te sourira !



Moi, je meurs. Mon esprit coule par vingt blessures.

J' ai fait mon temps. Buvez, ô loups, mon sang vermeil.

Jeune, brave, riant, libre et sans flétrissures,

je vais m'asseoir parmi les dieux, dans le soleil ! 

Charles Marie René Leconte de L'Isle 1864