Aujourd'hui, c'est le quatorzième jour de la lunaison claire de miđ Giamoni et c'est le dernier jour des vacances. La nuit prochaine, Maître Clyde reprendra le chemin de la mine de sel et nous les chiens, nous reprendrons la garde de nuit.
Comme chaque fois, Maître Clyde est un peu nostalgique, il soupire en disant que le bon temps passe trop vite. Lorsque le patron est un peu triste comme ça, moi, je le suis aussi.
Un fois de plus, cette semaine a été bien agréable. Bélénos nous a fait la grâce de sa présence, presque chaque jour et du coup, nous avons passé le plupart de nos journées au jardin.
Maître Clyde a bien travaillé. Outre la tonte du gazon dans la cour, il a creusé un escalier dans l’accès pentu, ( celui qui glisse tant en hiver). Il a installé un petit potager et nettoyé ses alentours immédiats , des racines profondes et des carottes sauvages. (Là, il a sué sévère)...
Il a également installé une nouvelle barrière pour séparer et protéger le bassin et le potager.
Désormais, les oies pourront à nouveau quitter leur enclos pour aller manger de l'herbe dans la partie qui restera sauvage. On a testé cet après midi. elles sont sorties un moment, mais comme elles sont grégaires, elles sont rentrées assez vite chez elles, toutes les cinq à la queue leu leu. Pourtant S'Tein Benca et moi étions cantonnés derrière la nouvelle barrière et aucun d'entre nous ne les y a forcé.
La mare évolue bien. Elle est désormais habitée par plein de petites bestioles et même un têtard solitaire que nous avons revu aujourd'hui, en installant des roseaux. De temps en temps, S'tein joue les grands fauves et il va y boire. Le patron n'aime pas ça, mais il fait comme s'il ne le voyait pas...
Benca est en pleine forme. Être dehors pour elle, c'est un grand bonheur! Tout à l'heure, elle jouait toute seule comme une folle, avec le petit renard roux en peluche et un morceau de l'arrosoir. On aurait dit un petit chiot!
La journée se termine déjà, mais il nous reste la soirée... Maître Clyde a dit que demain à la mine de sel il regarderait ses heures sup, afin de poser encore des vacances! J'aime bien cette idée là, moi!
C'est un beau printemps que ce printemps-ci. C'est de bon augure pour l'été qui vient. Si les Dieux le veulent, on passera encore de nombreuses belles journées au jardin, au soleil, ensemble!
Ton ami à quatre pattes: E'Clyde TriCanauos.
lundi 11 mai 2015
mercredi 6 mai 2015
Le trésor.
Demain, débuteront les « feux de Bel ». Bien que les temps soient sombres désormais, l’ensemble de notre communauté est en joie. Belotennia est sans doute la plus charmante des fêtes de l’année. Elle clôt les portes de la saison sombre et ouvre celles du temps de l’été.
« Belotennia, c’est aussi le temps des jeunes filles en fleurs » : Soupire Exobnos.
Depuis quelques jours, la nature est toute en sa fierté renaissante. Les Dieux, avec bonté, nous ont accordé le soleil et pluies nécessaires. Nous avons quitté nos lourds vêtements de laine, pour de plus légers. Autour de nous la campagne est merveilleusement verte et les troupeaux de brebis paissent de nouveau, sous la surveillance des boucs, des jeunes bergers et de leurs chiens.
Le jeune Exobnos s’affaire à nettoyer les alentours immédiats du « sacré ». Si l’autel en lui-même lui est encore interdit, son statut de Druidillon, l’autorise à accéder au sein du sanctuaire et de cela, Exobnos tire une grande fierté.
Le Nemeton de « BoisVert » est modeste dans sa conception. Ses fossés ne sont pas bien profonds et son enceinte n’est constituée que d’une haute haie d’épines. Son porche est cependant un bel édifice. Quatre colonnes solides supportant un étage sur lequel sont exposés les boucliers de vaillants ancêtres. Dans les deux colonnes massives de la façade, quatre crânes humains peints de couleurs vives, accueillent les visiteurs.
Lorsqu’on y entre, on constate que le chêne qui pousse à main gauche du « sacré » est encore jeune. C’est signe d’un grand bonheur sur nos têtes, c’est là, la preuve de notre longévité à venir.
A la porte du « sacré », Exobnos oublie un instant son balai. Il écoute dedans, le « très Savant » Cassanos chanter les louanges de Bélénos. L’instant est magique, s’il ne voit pas, il l’entend. Il écoute la voix douce et tremblante de Cassanos. Le « très savant » est le servant des lieux, il est le représentant de sa « Seigneurie des Druides, grands en savoir.»
Cassanos est aujourd’hui un homme âgé. Mais il suffit de voir sa haute stature pour deviner le grand guerrier qu’il a été jadis. Car Cassanos, jeune Druidillon, était dans la haie d’épines, face aux Cimbres et aux Teutons. Cassanos a de sa main coupé et pris des têtes !
Exobnos est le disciple et le servant de Cassanos. Vous comprendrez dès lors, qu’ Exobnos en tire une grande fierté.
xXx
Le jeune homme prend un instant de pause, il écoute le chant du Druide et son esprit s’envole. Il hume les odeurs du printemps, au pied de la colline, il regarde le village et son cœur s’envole. C’est bon de vivre ici !
xXx
Mais soudain les oiseaux cessent de chanter et l’espace d’un instant la nature se fait silencieuse. Au sein du « sacré », Cassanos, lui aussi s’est tu.
Exobnos est inquiet, il observe le village en contrebas. Tout semble calme.
Mais soudain, on entend aboyer rageusement les chiens ! Courageuses les oies se portent à leur côté et elles crachent. On entend bêler les brebis, celles là sont en panique. On entend les premiers cris de peur…
Au nord-est du village, une troupe de cavaliers se présente, ils sont suivis par de nombreux piétons en armes et désormais ce sont leurs cris de guerre que l’on entend.
Cassanos sort du temple, l’espace d’un instant, il y a la panique dans les yeux, mais il se reprend.
-« Est-ce que ce sont des Romains? » Demande Exobnos, inquiet.
-« Des romains ou des bâtards d’Antoine, cela n’a pas beaucoup d’importance. Ils viennent pour nous détruire.»
-« Suis moi ! Entrons ! » Hurle le «très savant ».
Exobnos reste comme paralysé, ne pouvant franchir le pas.
-« Suis moi, je te dis ! Les Dieux ne t’en tiendront pas rigueur! Crois moi, pas ce jour… ».
Alors, il s’exécute et entre dans le temple pour la première fois de sa vie.
xXx
Exobnos entre et il tombe à genoux. Devant lui se dresse le poteau idole de la tribu. Il ne l’avait encore jamais vu. Il sait que celui-ci était déjà en place du temps du père du père de son père et plus loin dans le temps encore. Depuis des générations, ils viennent d’Atrébatie, de Morinie, d’Ambianie. Car ce lieu est sacré. Partout des bijoux d’or, d’argent et de bronze, partout des armes et des boucliers.
-« Mais redresse-toi donc, bougre d’andouille! Es-tu à ce point stupide pour penser que des prières nous sauveront? Pour moi, c’est le temps de la dernière bataille ! Pour toi, c’est celui de sauver le trésor !»
Tandis qu’Exobnos reste sans voix, Cassanos s’est saisi d’une besace en peau de chèvre et il l’emplit des trésors dédiés aux Dieux. Moult Torques, des brassards, des bagues et des anneaux, deux lingots, tous en or. Il se tourne vers le jeune homme, le saisit et lui met autour du cou, un torque d’argent, dans la main le couteau sacrificiel si bien aiguisé.
-« Maintenant cours! Cours aussi loin que ton cœur hardi, te le permettra! Cours vers le sud, vers Ambiani ! Trouve une cachette pour le trésor de nos pères! Fais en sorte que si ni moi, ni toi ne lui survivons, aucun de ces bâtards ne mettra la main dessus.
Par les Dieux, je t’en conjure, Exobnos, cours ! Cours à en perdre haleine… »
-« Mais toi Maître ? Que vas-tu faire ? »
-« Moi, je vais livrer ici, mon dernier combat, sous le regard de Bélénos, de Taranis et d’Aedis. Moi, mon jeune ami, je suis le plus chanceux des hommes! Mais toi, COURS !»
Alors, le jeune Exobnos a oublié qu’il était druidillon et il a couru comme courent les bergers !
Alors, le vieux Cassanos s’est souvenu qu’il était jadis un guerrier. Au cœur du « sacré», il s’est saisi d’un bouclier d’apparat et d’une épée. Il a testé cette dernière par trois fois sur son front et Dieux merci elle coupe sec!
xXx
Cassanos marche vers le porche d’entrée. Il est heureux de n’avoir pas aujourd’hui, revêtu son bel habit blanc. Aujourd’hui Cassanos est redevenu un guerrier.
Si en face, ils sont légion, Cassanos protége le porche. Ce ne sont pas des « petits hommes bruns », ce sont les bâtards de Marc Antoine. Le vieux Druide fait massacre d’auxiliaires. Leurs têtes et leurs corps ensemencent les fossés de Nemeton.
Cent flèches et des dizaines de lances s’abattent sur lui, en vain! Car le bouclier de la tribu l’a protégé. Mais cela pèse. Aussi Cassanos l’abandonne.
Alors dans un grand éclat de rire, Le Druide Cassonos charge les ennemis. Il franchit le fossé et coupe des têtes. Il tombe sous les traits perfides. Mais de son vivant, les bâtards n’auront pas mis pied dans le cercle sacré.
Que cela soit dit.
mercredi 29 avril 2015
la pluie.
Le vent qui venait de la mer est tombé et désormais une pluie fine tombe sur la vieille forge. Elle mouille et fait tomber les feuilles des cerisiers.
Maître Clyde est content. C'est bien la première fois que je le vois ravi d'avoir la pluie...
Il dit que c'est bon pour toutes les haies, le gazon et les fleurs. Il dit que c'est bon surtout pour la terre argileuse qui était devenue toute craquelée.
Benca est un peu chagrinée de ne pas pouvoir une dernière fois, monter saluer ses oies. elle s'est installée sur le gros coussin du bureau et soupire.
E'Clyde, comme a son habitude est allongé sur les pieds du Maître.
J'ai bien tenté d'engager le jeu avec les deux, mais en vain.
La soirée va être calme, je crois.
S'Tein TriCanauos.
Maître Clyde est content. C'est bien la première fois que je le vois ravi d'avoir la pluie...
Il dit que c'est bon pour toutes les haies, le gazon et les fleurs. Il dit que c'est bon surtout pour la terre argileuse qui était devenue toute craquelée.
Benca est un peu chagrinée de ne pas pouvoir une dernière fois, monter saluer ses oies. elle s'est installée sur le gros coussin du bureau et soupire.
E'Clyde, comme a son habitude est allongé sur les pieds du Maître.
J'ai bien tenté d'engager le jeu avec les deux, mais en vain.
La soirée va être calme, je crois.
S'Tein TriCanauos.
samedi 25 avril 2015
Sérieux comme un Pape, Léo fait des bulles.
Minuit a sonné, nous sommes désormais Samedi.
Hier donc, c'était Vendredi et je suis allé rendre visite à Léo. C'était une belle journée de printemps ensoleillée, la promesse que 2015 nous offrira un été radieux.
Léo était de bonne humeur et cette fois-ci, il n'a ni chialé et couiné. Bien au contraire, il était souriant et intéressé! Il n'a même pas tiqué, lorsque je lui ai fait un bisou barbu sur le front. C'est dire combien cela m'a ravi!
Léo devient solide et il a une bonne poigne, (même s'il n'est pas encore capable de me battre au bras de fer).
Il se tient déjà bien droit, aussi du coup, je n'ai pas eu peur de mal faire lorsque je l'ai dans les bras. C'est plus commode, pour engager avec lui des discussions, d'après le biberon.
Car Léo, il est bavard... Ça tombe bien, moi je suis de bonne écoute.
Dès lors, si dans les trente années à venir, tu as envie de te confier ou simplement d'échanger avec un type asocial, bourru, (mais qui ne donnera pas automatiquement raison à tes parents), mon ami... N'hésite pas!
Ton Oncle Clyde.
Hier donc, c'était Vendredi et je suis allé rendre visite à Léo. C'était une belle journée de printemps ensoleillée, la promesse que 2015 nous offrira un été radieux.
Léo était de bonne humeur et cette fois-ci, il n'a ni chialé et couiné. Bien au contraire, il était souriant et intéressé! Il n'a même pas tiqué, lorsque je lui ai fait un bisou barbu sur le front. C'est dire combien cela m'a ravi!
Léo devient solide et il a une bonne poigne, (même s'il n'est pas encore capable de me battre au bras de fer).
Il se tient déjà bien droit, aussi du coup, je n'ai pas eu peur de mal faire lorsque je l'ai dans les bras. C'est plus commode, pour engager avec lui des discussions, d'après le biberon.
Car Léo, il est bavard... Ça tombe bien, moi je suis de bonne écoute.
Dès lors, si dans les trente années à venir, tu as envie de te confier ou simplement d'échanger avec un type asocial, bourru, (mais qui ne donnera pas automatiquement raison à tes parents), mon ami... N'hésite pas!
| Léo, sérieux comme un pape, fait des bulles. 24/04/2015 |
Ton Oncle Clyde.
jeudi 23 avril 2015
En cette fin d'après midi, débute le onzième jour de la lunaison sombre de miđ Cutios. Bélénos est dessus nos têtes et tout doucement, il se couche sur le jardin du voisin. Depuis presque un mois, il nous fait la grâce de sa présence et de ce fait, nous avons passé presque chaque après midi dehors depuis que Maître a commencé à creuser la mare.
Bien que les eaux soient un peu troubles, la mare est devenue jolie. En quelques jours, elle était déjà habitée par des petites bestioles, comme des scarabées et des araignées d'eau.
Il y a eu aussi une drôle de chose, qu'on pensait être un petit serpent. Mais c'était juste un vilain ver.
Il n'y a pas de grenouilles pour le moment, c'est dommage car depuis ce matin, les nénuphars ont affleuré la surface de l'eau et elles pourraient s'y poser pour prendre le soleil.
On sait aussi que désormais, ici viennent boire les oiseaux. Ils laissent même de petites crottes sur les cailloux!
Depuis plus d'un an maintenant, une branche de saule pleureur survivait triste dans un pot. La patron s'est dit que ce serait peut être bien pour elle de venir tremper ses racines directement dans le bassin. Cependant, il faudra la surveiller pour qu'elle de grandisse pas trop!
Maître Clyde voudrait que le jardin devienne comme un peu magique. Afin que lorsqu'il sera plus grand, Léo puisse venir y observer les oiseaux et les animaux, chasser les grenouilles et les tritons et qui sait peut être, croiser pour de vrai, les gens du petit peuple et les fées.
Peut être bien qu'il va y parvenir...
Benca TriCanauos.
Bien que les eaux soient un peu troubles, la mare est devenue jolie. En quelques jours, elle était déjà habitée par des petites bestioles, comme des scarabées et des araignées d'eau.
Il y a eu aussi une drôle de chose, qu'on pensait être un petit serpent. Mais c'était juste un vilain ver.
Il n'y a pas de grenouilles pour le moment, c'est dommage car depuis ce matin, les nénuphars ont affleuré la surface de l'eau et elles pourraient s'y poser pour prendre le soleil.
On sait aussi que désormais, ici viennent boire les oiseaux. Ils laissent même de petites crottes sur les cailloux!
Depuis plus d'un an maintenant, une branche de saule pleureur survivait triste dans un pot. La patron s'est dit que ce serait peut être bien pour elle de venir tremper ses racines directement dans le bassin. Cependant, il faudra la surveiller pour qu'elle de grandisse pas trop!
Maître Clyde voudrait que le jardin devienne comme un peu magique. Afin que lorsqu'il sera plus grand, Léo puisse venir y observer les oiseaux et les animaux, chasser les grenouilles et les tritons et qui sait peut être, croiser pour de vrai, les gens du petit peuple et les fées.
Peut être bien qu'il va y parvenir...
Benca TriCanauos.
mardi 24 mars 2015
Un nom Gaulois pour Léo.
Il a désormais pour le protéger un bouclier, une épée et Taranis!
Il ne lui manquait plus qu'un "premier" nom gaulois.
Je m'y suis attelé et j'ai trouvé:
ArgionadaGnatos CarantoGenos.
Certes, c'est un peu plus difficile à retenir que Léo.
Mais on a le droit aux diminutifs!
samedi 21 mars 2015
Premier sang.
Premier sang.
Nous étions trois mille Atrébates de l’ouest à avoir quitté, depuis cinq jours, « Némétacon douce et boisée » en compagnie de mille cinq cent trimardeurs , des clans Morins des terres et des abords de la rivière Orna, aux allures de vagabonds. Nous faisions route avec deux mille guerriers d’élite de l’infanterie Bellovaque de « Corréos, fidèle en amitié ».
La constitution de notre troupe hétéroclite nous avait mis en retard sur le reste des armées Belges. Mais nous allongions tous la jambe pour les rattraper. Nous avions du cœur et il battait au son des tambours de guerre et des cors de la vénerie Morine.
Ce jour là, après une courte nuit de repos, nous avions repris la route dès la naissance de Bélénos et nous marchions depuis trois heures vers le sud en pays des Meldes. S’il nous avait expressément été ordonné d’éviter de piétiner les terres des Rèmes, il ne nous avait pas été interdit de longer leur frontière. C’était du moins le point de vue des Bellovaques. Point de vue que nous partagions en vérité, presque tous…
C’était une belle matinée d’été et la marche était facile.
Comme nous longions le pays des Rèmes, les coqs Bellovaques avaient bien entendu, souhaité marcher en tête et c’est donc tout naturellement qu’ils furent les premiers à les voir.
Cependant, sachez que si ce jour là, leurs carnyx furent donc les premiers à sonner l’alarme, nous, le clan de la chienne des Atrébates qui marchions à leur main droite, nous fûmes les plus prompts à réagir. Pendant que les autres en étaient encore à cheminer, nous, nous formions déjà « haie d’épines » !
L’ennemi était là, alignés en ordre de bataille sur le sommet d’une douce colline.
Ils étaient de nombreux piétons et de nombreux cavaliers. Leurs enseignes et leurs couleurs crevaient le ciel. Leurs trompes de guerre sonnèrent, mêlées à la clameur diffuse des cris des guerriers et des claquements de boucliers.
...
-« Des Rèmes, des bâtards de Rèmes !!! »…
Si le contingent Bellovaque engage sa manœuvre, bien plus rapidement il est vrai, que celui de nos frères. Nous, ceux du clan de la chienne des Atrébates, nous sommes déjà prêts ! Nous ne sommes peut être qu’une branche de trente ! Mais nous sommes la plus piquante !
-« Buroooooo (fureur)! » Gueule Broccos et nous nous mettons en mouvement, nous engageons « danse des guerres », nous engageons la guerre des provocations. Nous sommes épines!
Nos chevaliers qui chevauchaient aux avants sont revenus en trombe. Ils prennent position.
-« Roccos, Plus haut la chienne ! Que Teutatès ne voit que notre enseigne ! » Rameute notre bon seigneur Cunavalos
Et le géant rouge s’exécute! Il tend haut les bras, il tend haut son ventre, ses jambes et ses pieds et la chienne survole le champ de bataille bien plus haut que les cochons de guerre et les chevaux des autres enseignes !
Et BoccaCico « viande de bouche » souffle dans notre trompe de guerre à s’en faire exploser les poumons !
« Gussooooou ! » (Force, violence !) Hurle Broccos.
Alors nous reprenons en cœur!
-« GUSSOOOOOU ! »
Les deux mille Bellovaques forment la haie. Ils exhibent leurs enseignes, leurs capitaines gueulent les ordres et leurs trompes de guerre sonnent ! Nos frères Atrébates les suivent de peu et s’alignent à main droite. Là aussi les boucliers claquent. Les Morins accourent et se placent à main gauche!
Mais nous, nous ondulons déjà cinquante mètres devant eux ! Cette bataille est la nôtre.
Les insultes fusent envers les Rèmes. RoudoLuernos, l’aspirant bardique est le plus prolixe !
-« Culs de vaches ! Poules crevées ! Gitons de la louve ! Puissent les roues du char de Taranis vous couper en deux, non ! En quatre!
Charognards de la Celtie! Batardeaux de garennes ! Suceurs de queues ! Puissent les Dieux vous faire chier de l’air et respirer de la merde ! »
Ici et là explosent des:
-« Enfant de putain ! Galants de grecs ! »
-« je prendrai vos têtes de suceurs de bites latines, non pour honorer ma maison, mais pour amuser ma porcherie ! »
-« d’abord ta gueule sous ma lame, puis celle de ton frère, celle de ton père et celle ton fils ! »
-« Bâtards, bâtards de Rèmes ! »
Moi, si je tiens bon mon bouclier et ma lance et que j’ondule lentement au rythme de notre branche roncière, j’ai le sentiment de ne pas être à la hauteur. Ce n’est pas tant que j’ai peur, car je n’ai aucune peur ! Seulement, je ne suis plus maître de moi même. J’ondule avec les autres. J’aimerai gonfler à fond mes poumons et gueuler avec les autres, mais je ne le peux pas. Je n’ai plus de souffle. Je me meus en apnée…
Malgré tout je parviens à souffler :
-« Je vous hais ! »
Les Rèmes nous arrosent de flèches qui se fichent dix mètres devant nous. Alors, les rires éclatent et certains laissent tomber leurs boucliers et leurs lances pour exhiber leurs parties génitales. Derrière nous la clameur monte. Ce sont d’abord des voix Atrébates qui l’expriment.
-« La Chienne ! Gloire !»
Puis des voix Morines
-« La chienne, la chienne ! Gloire ! »
Enfin, elle monte au paroxysme lorsque même les Bellovaques reprennent :
-« La chienne, gloire ! La chienne, gloire ! La chienne, gloire! »
Notre mur est désormais constitué. Tous, nous souhaitons le combat. Les boucliers claquent et les carnyx sonnent. Tous ensemble nous sommes les fils des bois et des forêts :
Argousiers, Aubépines, Prunelliers, Houx et Églantiers. L'un à côté de l'autre, au combat, nous formons la haie d'épines et le clan de la chienne est la ronce qui fouette. Celle qui arrache les chairs. Celle qui danse!
Nos druides jaillissent entre les rangs et dans l’urgence, ils lancent des invocations de magie. Ils exhortent les Dieux de ne pas supporter les impies d’en face. Même si ceux là, perfides, ont eu le temps de mieux les honorer…
Parmi eux, il est celui des Bellovaques. Il était le premier devant le mur et après quelques encouragements envers ses troupes, cet énigmatique homme sec comme un lézard se détourne et marche seul contre les Rèmes. Il dépasse notre branche ondulante. Arrache le col de sa tunique et expose son torse nu à l’ennemi. Torqué d’or, il marche d’un pas vif. Il les pointe du doigt et les maudit.
Une volée de flèches s’abat sur lui, mais aucune ne le touche. Sa longue chevelure poivre et sel lui retombe sur le visage, lorsque ses deux bras se tendent vers le ciel. Son corps semble comme pris de soubresauts. La haie Bellovaque psalmodie.
Une nouvelle volée de flèches s’abat autour de lui, mais toujours en vain.
L’espace d’un instant il se tourne vers nous. Il y a comme de la folie dans son regard bleu pâle, bien qu’il sourie.
-« Aujourd’hui, les Dieux nous accorderont la victoire ! »
Sur la colline devant nous, la cavalerie Rème s’élance à notre rencontre. Alors, le druide Bellovaque sans un regard pour nous ou les siens court vers eux.
-« Aujourd’hui, les Dieux nous accorderont la victoire ! Aujourd’hui, les Dieux nous accorderont la victoire ! Aujourd’hui, les Dieux nous accorderont la victoire ! Aujourd’hui, les Dieux nous accorderont la victoire ! … »
Alors notre ronce aux trente épines le suit sans réfléchir et nous courons contre la cavalerie ennemie.
Alors les chevaliers Atrébates, bien qu’en sous nombre, parce que cela se doit, chargent la cavalerie ennemie.
Alors les Bellovaques, honteux de n’avoir pas été les premiers s’élancent à en perdre haleine.
Les Atrébates rompent le rang et les Morins aussi. Tous s’élancent. Les chiens sont lâchés
La haie n’est plus. Il ne reste que légions d’épines...
...
Ce jour là, ce sont un druide Bellovaque, trente épines Atrébates et une meute de chiens de guerre Morins qui ont fait face au premier instant de l’assaut de trois cent cavaliers Rèmes. Lorsque les nôtres sont entrés dans la danse. Nous en avons fait grand massacre. Un si grand massacre que les piétons du haut de la colline ont tourné les talons, sans demander réparation pour l’offense.
Ce jour là, nous avons remercié les Dieux cléments ! Car sinon Broccos qui fût piétiné par la cavale élancée d’un de leurs nobliaux, aucun d’entre nous n’a même été blessé. Pour les malheurs de Broccos , ils nous ont même offert en échange, le cheval, le bouclier, l’épée, la vie de ses ambacts et le nobliau en question, qui est désormais notre prisonnier.
Rufius d'Atrébatie.
Nous étions trois mille Atrébates de l’ouest à avoir quitté, depuis cinq jours, « Némétacon douce et boisée » en compagnie de mille cinq cent trimardeurs , des clans Morins des terres et des abords de la rivière Orna, aux allures de vagabonds. Nous faisions route avec deux mille guerriers d’élite de l’infanterie Bellovaque de « Corréos, fidèle en amitié ».
La constitution de notre troupe hétéroclite nous avait mis en retard sur le reste des armées Belges. Mais nous allongions tous la jambe pour les rattraper. Nous avions du cœur et il battait au son des tambours de guerre et des cors de la vénerie Morine.
Ce jour là, après une courte nuit de repos, nous avions repris la route dès la naissance de Bélénos et nous marchions depuis trois heures vers le sud en pays des Meldes. S’il nous avait expressément été ordonné d’éviter de piétiner les terres des Rèmes, il ne nous avait pas été interdit de longer leur frontière. C’était du moins le point de vue des Bellovaques. Point de vue que nous partagions en vérité, presque tous…
C’était une belle matinée d’été et la marche était facile.
Comme nous longions le pays des Rèmes, les coqs Bellovaques avaient bien entendu, souhaité marcher en tête et c’est donc tout naturellement qu’ils furent les premiers à les voir.
Cependant, sachez que si ce jour là, leurs carnyx furent donc les premiers à sonner l’alarme, nous, le clan de la chienne des Atrébates qui marchions à leur main droite, nous fûmes les plus prompts à réagir. Pendant que les autres en étaient encore à cheminer, nous, nous formions déjà « haie d’épines » !
L’ennemi était là, alignés en ordre de bataille sur le sommet d’une douce colline.
Ils étaient de nombreux piétons et de nombreux cavaliers. Leurs enseignes et leurs couleurs crevaient le ciel. Leurs trompes de guerre sonnèrent, mêlées à la clameur diffuse des cris des guerriers et des claquements de boucliers.
...
-« Des Rèmes, des bâtards de Rèmes !!! »…
Si le contingent Bellovaque engage sa manœuvre, bien plus rapidement il est vrai, que celui de nos frères. Nous, ceux du clan de la chienne des Atrébates, nous sommes déjà prêts ! Nous ne sommes peut être qu’une branche de trente ! Mais nous sommes la plus piquante !
-« Buroooooo (fureur)! » Gueule Broccos et nous nous mettons en mouvement, nous engageons « danse des guerres », nous engageons la guerre des provocations. Nous sommes épines!
Nos chevaliers qui chevauchaient aux avants sont revenus en trombe. Ils prennent position.
-« Roccos, Plus haut la chienne ! Que Teutatès ne voit que notre enseigne ! » Rameute notre bon seigneur Cunavalos
Et le géant rouge s’exécute! Il tend haut les bras, il tend haut son ventre, ses jambes et ses pieds et la chienne survole le champ de bataille bien plus haut que les cochons de guerre et les chevaux des autres enseignes !
Et BoccaCico « viande de bouche » souffle dans notre trompe de guerre à s’en faire exploser les poumons !
« Gussooooou ! » (Force, violence !) Hurle Broccos.
Alors nous reprenons en cœur!
-« GUSSOOOOOU ! »
Les deux mille Bellovaques forment la haie. Ils exhibent leurs enseignes, leurs capitaines gueulent les ordres et leurs trompes de guerre sonnent ! Nos frères Atrébates les suivent de peu et s’alignent à main droite. Là aussi les boucliers claquent. Les Morins accourent et se placent à main gauche!
Mais nous, nous ondulons déjà cinquante mètres devant eux ! Cette bataille est la nôtre.
Les insultes fusent envers les Rèmes. RoudoLuernos, l’aspirant bardique est le plus prolixe !
-« Culs de vaches ! Poules crevées ! Gitons de la louve ! Puissent les roues du char de Taranis vous couper en deux, non ! En quatre!
Charognards de la Celtie! Batardeaux de garennes ! Suceurs de queues ! Puissent les Dieux vous faire chier de l’air et respirer de la merde ! »
Ici et là explosent des:
-« Enfant de putain ! Galants de grecs ! »
-« je prendrai vos têtes de suceurs de bites latines, non pour honorer ma maison, mais pour amuser ma porcherie ! »
-« d’abord ta gueule sous ma lame, puis celle de ton frère, celle de ton père et celle ton fils ! »
-« Bâtards, bâtards de Rèmes ! »
Moi, si je tiens bon mon bouclier et ma lance et que j’ondule lentement au rythme de notre branche roncière, j’ai le sentiment de ne pas être à la hauteur. Ce n’est pas tant que j’ai peur, car je n’ai aucune peur ! Seulement, je ne suis plus maître de moi même. J’ondule avec les autres. J’aimerai gonfler à fond mes poumons et gueuler avec les autres, mais je ne le peux pas. Je n’ai plus de souffle. Je me meus en apnée…
Malgré tout je parviens à souffler :
-« Je vous hais ! »
Les Rèmes nous arrosent de flèches qui se fichent dix mètres devant nous. Alors, les rires éclatent et certains laissent tomber leurs boucliers et leurs lances pour exhiber leurs parties génitales. Derrière nous la clameur monte. Ce sont d’abord des voix Atrébates qui l’expriment.
-« La Chienne ! Gloire !»
Puis des voix Morines
-« La chienne, la chienne ! Gloire ! »
Enfin, elle monte au paroxysme lorsque même les Bellovaques reprennent :
-« La chienne, gloire ! La chienne, gloire ! La chienne, gloire! »
Notre mur est désormais constitué. Tous, nous souhaitons le combat. Les boucliers claquent et les carnyx sonnent. Tous ensemble nous sommes les fils des bois et des forêts :
Argousiers, Aubépines, Prunelliers, Houx et Églantiers. L'un à côté de l'autre, au combat, nous formons la haie d'épines et le clan de la chienne est la ronce qui fouette. Celle qui arrache les chairs. Celle qui danse!
Nos druides jaillissent entre les rangs et dans l’urgence, ils lancent des invocations de magie. Ils exhortent les Dieux de ne pas supporter les impies d’en face. Même si ceux là, perfides, ont eu le temps de mieux les honorer…
Parmi eux, il est celui des Bellovaques. Il était le premier devant le mur et après quelques encouragements envers ses troupes, cet énigmatique homme sec comme un lézard se détourne et marche seul contre les Rèmes. Il dépasse notre branche ondulante. Arrache le col de sa tunique et expose son torse nu à l’ennemi. Torqué d’or, il marche d’un pas vif. Il les pointe du doigt et les maudit.
Une volée de flèches s’abat sur lui, mais aucune ne le touche. Sa longue chevelure poivre et sel lui retombe sur le visage, lorsque ses deux bras se tendent vers le ciel. Son corps semble comme pris de soubresauts. La haie Bellovaque psalmodie.
Une nouvelle volée de flèches s’abat autour de lui, mais toujours en vain.
L’espace d’un instant il se tourne vers nous. Il y a comme de la folie dans son regard bleu pâle, bien qu’il sourie.
-« Aujourd’hui, les Dieux nous accorderont la victoire ! »
Sur la colline devant nous, la cavalerie Rème s’élance à notre rencontre. Alors, le druide Bellovaque sans un regard pour nous ou les siens court vers eux.
-« Aujourd’hui, les Dieux nous accorderont la victoire ! Aujourd’hui, les Dieux nous accorderont la victoire ! Aujourd’hui, les Dieux nous accorderont la victoire ! Aujourd’hui, les Dieux nous accorderont la victoire ! … »
Alors notre ronce aux trente épines le suit sans réfléchir et nous courons contre la cavalerie ennemie.
Alors les chevaliers Atrébates, bien qu’en sous nombre, parce que cela se doit, chargent la cavalerie ennemie.
Alors les Bellovaques, honteux de n’avoir pas été les premiers s’élancent à en perdre haleine.
Les Atrébates rompent le rang et les Morins aussi. Tous s’élancent. Les chiens sont lâchés
La haie n’est plus. Il ne reste que légions d’épines...
...
Ce jour là, ce sont un druide Bellovaque, trente épines Atrébates et une meute de chiens de guerre Morins qui ont fait face au premier instant de l’assaut de trois cent cavaliers Rèmes. Lorsque les nôtres sont entrés dans la danse. Nous en avons fait grand massacre. Un si grand massacre que les piétons du haut de la colline ont tourné les talons, sans demander réparation pour l’offense.
Ce jour là, nous avons remercié les Dieux cléments ! Car sinon Broccos qui fût piétiné par la cavale élancée d’un de leurs nobliaux, aucun d’entre nous n’a même été blessé. Pour les malheurs de Broccos , ils nous ont même offert en échange, le cheval, le bouclier, l’épée, la vie de ses ambacts et le nobliau en question, qui est désormais notre prisonnier.
Rufius d'Atrébatie.
dimanche 1 mars 2015
Je rentre chez moi...
Aujourd’hui,
Rome, telle une putain fardée à la fin de la nuit, embaume tout
autant le parfum que la merde. Bien que des milliers d’entre nous aient
des jours durant, lessivé ses murs et ramassé les immondices qui
souillaient ses rues. Elle continue de puer, comme puent les latrines où
ses habitants aiment tant traîner et lier des amitiés.
Aujourd’hui la « ville catin » a revêtu ses plus beaux atours. Elle fête son maître. Elle fête le triomphe de l’ignoble salopard.
Ce matin, j’ai quitté la maison du maître, j’ai pris mon baluchon, mon petit « cochon de guerre » en bronze, ma couverture, ma gourde et mon couteau et j’ai volé un morceau de pain et du fromage. Ce soir, je ne rentrerai pas.
La foule en liesse est venue nombreuse, mais en jouant un peu des coudes, j’ai réussi à me trouver une place proche de l’accès au temple de Jupiter Capitolin. Les sonneurs de trompes et les joueurs de flûtes ont été les premiers à accéder à voie sacrée. On les avait entendu arriver de loin. Ils sont suivis d’une troupe de vétérans et de « méritants », vêtus de blanc comme des officiels. J’imagine que bon nombre d’entre eux sont des bâtards de la X ème légion, génocidaires d’Avaricon, d’Alésia et d 'Uxellodunon. Ils ont beau bomber le torse et sourire de leurs bouches édentées. Par tous les Dieux, qu’ils sont laids ! Gras comme des oies, huileux comme des côtes de porc. Moches comme sont moches les sénateurs de Rome. Pourtant le peuple les acclame. Il fait pleuvoir sur eux des pétales de fleurs. Ils glorifient les assassins de vieillards, de femmes et d’enfants.
S’ensuivent des dizaines de chariots contenant le butin, les enseignes et les trophées. Si certains sont décorés aux couleurs orientales, moi, dans ce capharnaüm je ne vois que ceux qui transportent les trésors de Celtie. L’or, l’argent et les pierreries dérobés dans les temples de nos Dieux.
Parmi les enseignes exhibées en trophée, je reconnais le « Moccos de guerre », fierté de ma tribu. Alors mon cœur se serre…
Après un nouvel ensemble de musiciens, viennent les animaux. D’abord des lions, des tigres des girafes et d’étranges cervidés que je ne connais pas. Parmi eux sont enchaînés des hommes et des femmes sauvages.
Lorsque paraissent les éléphants, la foule cesse de respirer.
Mais je n’ai cure des monstres, car viennent les animaux de mon pays. Un Orus énorme, suivi d’un ours bonhomme, tenu en laisse par un gnome hilare. L’ Artos est gauche et un peu apeuré, il chemine en balançant ses fesses, ne comprenant pas pourquoi la foule le hue et lui jette des cailloux.
Un gros chariot contenant dessus des cages de fer enfermant des Sangliers des Gaules. Les Moccos sont comme fous. Ils chargent contre les barreaux et s’ouvrent dessus leurs crânes. Ils meurent ainsi comme des guerriers glorieux.
Parmi les bêtes de mon pays, ils exhibent aussi de belles filles de Celtie. Malgré la peur que je devine dans leurs yeux, elles sont fières et sous les huées et les insultes, elles se tiennent et marchent droit.
Mon cœur est déchiré…
Quelques musiciens encore et c’est le temps des prisonniers de guerre. D’abord viennent les rois et reines nègres. Ils sont vêtus de tenues exotiques, de plumes d’autruches et de feuilles de palmiers. Ils sont exhibés en famille et autour d’eux, des dizaines de macaques facétieux amusent, par leurs grimaces et leurs cabrioles le peuple de Rome. Ce ne sont que rires et applaudissements.
Mais soudain les tambours de guerre résonnent. Le défilé se fait plus martial. Les cris de joie s’éteignent et la foule retient son souffle. Une cohorte de soldats sans armes, ni cuirasses fait son apparition. Ils sont martiaux et marchent au pas. Ils précédent un énorme chariot rustique, tiré par quatre taureaux blancs sacrificiels. Alors la foule les salue et hurle son allégresse.
-« Vainqueurs des Gaules ! Tonnerres ! Feux ! »
C’est alors que je le vois. Que les Dieux me pardonnent, car l’espace d’un instant, je ne le reconnais pas. Il est là devant moi, terriblement affaibli, les poignets au carcan, il se tient avec difficulté sur ses jambes. Après six années de captivité, il est méconnaissable. Pour « le spectacle », ils l’ont affublé d’un costume ridicule. Ils ont posé sur sa tête un étrange casque de bronze en forme de cône agrémenté de paragnathides énormes et de plumes de faisans. Sur ses épaules, ils ont jeté une lourde cape en peau d’ours et de loup. A son cou, pendent un torque cérémonial énorme et un collier en dents d’ours, à ses bras des colliers dorés de femmes. A sa ceinture ils ont accroché un glaive de bois…
J’ai grand mal à retrouver le beau jeune homme qu’il était jadis. Six années ici l’ont transformé en « presque vieillard ». Ses cheveux sont longs et sales, quelques mèches à ses tempes ont été tressées. Il porte désormais une longue barbe sombre et mal taillée. Quelle tristesse, lui qui était si fier de son visage glabre…
Accroché à son chariot, il chemine sous les insultes et les crachats. Mais son visage se tourne vers moi. Alors je croise son regard sombre de montagnard Arverne. Je retrouve le grand roi des Guerriers et mon cœur s’arrête de battre.
Les privations et la maltraitance ne sont pas parvenus à chasser son âme. Je le regarde, il me regarde et une lumière se fait dans ses yeux. Je n’aurai pas l’audace de dire qu’il me reconnaît, car je ne suis rien qu’un modeste client libre d’un bon seigneur, qui perdit sa liberté des murs d’Alésia. Mais à cet instant, j’aime à croire qu’il voit au moins en moi, un ami et qu’il sait qu’il n’est pas seul…
Mais le convoi continue son chemin. J’ai beau jouer des coudes, aux abords du temple de Jupiter, la foule est trop compacte. Je ne parviens plus à me frayer chemin et puis… J’ai de la pluie plein les yeux.
Alors je rebrousse chemin. Je ne vois même pas le salopard passer sur son quadrige aux chevaux blanc. Bélénos est couchant dans le ciel. Je lui tourne le dos et je regarde vers le nord. Ce soir, je ne rentre pas chez le maître. Ce soir, je prends la route vers Celtie.
Ce soir, je rentre chez moi...
Un Celte à Rome.
Aujourd’hui la « ville catin » a revêtu ses plus beaux atours. Elle fête son maître. Elle fête le triomphe de l’ignoble salopard.
Ce matin, j’ai quitté la maison du maître, j’ai pris mon baluchon, mon petit « cochon de guerre » en bronze, ma couverture, ma gourde et mon couteau et j’ai volé un morceau de pain et du fromage. Ce soir, je ne rentrerai pas.
La foule en liesse est venue nombreuse, mais en jouant un peu des coudes, j’ai réussi à me trouver une place proche de l’accès au temple de Jupiter Capitolin. Les sonneurs de trompes et les joueurs de flûtes ont été les premiers à accéder à voie sacrée. On les avait entendu arriver de loin. Ils sont suivis d’une troupe de vétérans et de « méritants », vêtus de blanc comme des officiels. J’imagine que bon nombre d’entre eux sont des bâtards de la X ème légion, génocidaires d’Avaricon, d’Alésia et d 'Uxellodunon. Ils ont beau bomber le torse et sourire de leurs bouches édentées. Par tous les Dieux, qu’ils sont laids ! Gras comme des oies, huileux comme des côtes de porc. Moches comme sont moches les sénateurs de Rome. Pourtant le peuple les acclame. Il fait pleuvoir sur eux des pétales de fleurs. Ils glorifient les assassins de vieillards, de femmes et d’enfants.
S’ensuivent des dizaines de chariots contenant le butin, les enseignes et les trophées. Si certains sont décorés aux couleurs orientales, moi, dans ce capharnaüm je ne vois que ceux qui transportent les trésors de Celtie. L’or, l’argent et les pierreries dérobés dans les temples de nos Dieux.
Parmi les enseignes exhibées en trophée, je reconnais le « Moccos de guerre », fierté de ma tribu. Alors mon cœur se serre…
Après un nouvel ensemble de musiciens, viennent les animaux. D’abord des lions, des tigres des girafes et d’étranges cervidés que je ne connais pas. Parmi eux sont enchaînés des hommes et des femmes sauvages.
Lorsque paraissent les éléphants, la foule cesse de respirer.
Mais je n’ai cure des monstres, car viennent les animaux de mon pays. Un Orus énorme, suivi d’un ours bonhomme, tenu en laisse par un gnome hilare. L’ Artos est gauche et un peu apeuré, il chemine en balançant ses fesses, ne comprenant pas pourquoi la foule le hue et lui jette des cailloux.
Un gros chariot contenant dessus des cages de fer enfermant des Sangliers des Gaules. Les Moccos sont comme fous. Ils chargent contre les barreaux et s’ouvrent dessus leurs crânes. Ils meurent ainsi comme des guerriers glorieux.
Parmi les bêtes de mon pays, ils exhibent aussi de belles filles de Celtie. Malgré la peur que je devine dans leurs yeux, elles sont fières et sous les huées et les insultes, elles se tiennent et marchent droit.
Mon cœur est déchiré…
Quelques musiciens encore et c’est le temps des prisonniers de guerre. D’abord viennent les rois et reines nègres. Ils sont vêtus de tenues exotiques, de plumes d’autruches et de feuilles de palmiers. Ils sont exhibés en famille et autour d’eux, des dizaines de macaques facétieux amusent, par leurs grimaces et leurs cabrioles le peuple de Rome. Ce ne sont que rires et applaudissements.
Mais soudain les tambours de guerre résonnent. Le défilé se fait plus martial. Les cris de joie s’éteignent et la foule retient son souffle. Une cohorte de soldats sans armes, ni cuirasses fait son apparition. Ils sont martiaux et marchent au pas. Ils précédent un énorme chariot rustique, tiré par quatre taureaux blancs sacrificiels. Alors la foule les salue et hurle son allégresse.
-« Vainqueurs des Gaules ! Tonnerres ! Feux ! »
C’est alors que je le vois. Que les Dieux me pardonnent, car l’espace d’un instant, je ne le reconnais pas. Il est là devant moi, terriblement affaibli, les poignets au carcan, il se tient avec difficulté sur ses jambes. Après six années de captivité, il est méconnaissable. Pour « le spectacle », ils l’ont affublé d’un costume ridicule. Ils ont posé sur sa tête un étrange casque de bronze en forme de cône agrémenté de paragnathides énormes et de plumes de faisans. Sur ses épaules, ils ont jeté une lourde cape en peau d’ours et de loup. A son cou, pendent un torque cérémonial énorme et un collier en dents d’ours, à ses bras des colliers dorés de femmes. A sa ceinture ils ont accroché un glaive de bois…
J’ai grand mal à retrouver le beau jeune homme qu’il était jadis. Six années ici l’ont transformé en « presque vieillard ». Ses cheveux sont longs et sales, quelques mèches à ses tempes ont été tressées. Il porte désormais une longue barbe sombre et mal taillée. Quelle tristesse, lui qui était si fier de son visage glabre…
Accroché à son chariot, il chemine sous les insultes et les crachats. Mais son visage se tourne vers moi. Alors je croise son regard sombre de montagnard Arverne. Je retrouve le grand roi des Guerriers et mon cœur s’arrête de battre.
Les privations et la maltraitance ne sont pas parvenus à chasser son âme. Je le regarde, il me regarde et une lumière se fait dans ses yeux. Je n’aurai pas l’audace de dire qu’il me reconnaît, car je ne suis rien qu’un modeste client libre d’un bon seigneur, qui perdit sa liberté des murs d’Alésia. Mais à cet instant, j’aime à croire qu’il voit au moins en moi, un ami et qu’il sait qu’il n’est pas seul…
Mais le convoi continue son chemin. J’ai beau jouer des coudes, aux abords du temple de Jupiter, la foule est trop compacte. Je ne parviens plus à me frayer chemin et puis… J’ai de la pluie plein les yeux.
Alors je rebrousse chemin. Je ne vois même pas le salopard passer sur son quadrige aux chevaux blanc. Bélénos est couchant dans le ciel. Je lui tourne le dos et je regarde vers le nord. Ce soir, je ne rentre pas chez le maître. Ce soir, je prends la route vers Celtie.
Ce soir, je rentre chez moi...
Un Celte à Rome.
samedi 28 février 2015
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