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vendredi 10 mai 2013

L'Atrébate. Genabum



Je le savais !

Au plus profond de moi, je  savais que les  Senons ou les Carnutes auraient été  ceux par qui la révolte qui couvait depuis si longtemps,  allait s’exprimer dans les flots de  sang et les larmes de ces gras  colons romains!
Je savais que notre fierté renaîtrait par  l’un de ces deux peuples, plutôt que de ces bavards d’Arvernes, qui causent et causent et causent encore et n’agissent pas…
Depuis que le « petit galant brun » l’a mis à mort. Acco hantait  nos nuits… Il hantait même les nuits du Roi Commios. C'est dire s'il était dessus nos têtes.
Depuis longtemps, son fantôme soufflait  à nos oreilles à quel point il était déshonneur pour nos  tribus de n’avoir pas réagit immédiatement  et planté nos lances dans la paillasse du premier romain venu. D'autant que  lorsque Acco mourrait nous n’étions qu’à deux heures de marche. Nous avions rebroussé chemin, alors que nous aurions pu le venger et piquer la tête de Kesar  sur une pique !
Déshonneur absolu, spécialement pour nous les clans Belges ! Comme si nous étions tous devenus aussi veules et lâches que des Rèmes.
Depuis la mort d’Acco, je n’avais pas connu une nuit sans cauchemar, ni un réveil, sans honte… Seulement moi, je ne suis rien. Ni Roi, ni Cavalier, ni même Ambact. Je ne suis que de la piétaille…
C’était une froide journée d’Anagantio et c’était  la veille d’ Imbolc. La neige couvrait  les vallées et le ciel était tellement bas que nous aurions pu croire qu’il allait s’écrouler sur nos têtes et nous faire disparaître à jamais.  Les bêtes et volailles  étaient à l’étable. La plupart d’entre nous renâclions à l’idée de traîner dehors.  Moi, j’étais occupé à couper du bois pour alimenter la forge, lorsque la clameur du « coureur de nouvelles » est arrivée à nous.
Mon petit doigt me dit qu’il avait dû courir comme jamais il n’avait couru de sa vie. Il était rouge et haletant. Il fumait sous son Cucullus givré ! Il était surtout souriant et heureux !
      -     " Genabum s’est révoltée ! Ils ont taillé les Romains en pièce.  Les Carnutes ont déclaré la guerre à Rome !... Les Sénons vont les suivre ! Les Arvernes devront bien !   Les chevelus prennent les armes !"

-        "Et nous allons nous rester là à attendre ?"

-       "Non ! Car Commios veut la guerre désormais!»

      Je  crois que ce triste jour d’Anagantio a été le beau jour de ma vie. Dans l’instant ce n’est pas moins de six coureurs qui partaient du village pour porter la nouvelle. Deux vers des clans Atrébates du nord  ouest, (comme il est prévu depuis la nuit des temps). Mais aussi d’autres vers nos plus proches voisins. Deux chez les  Morins et deux autres encore chez les Ambiens et ceux là, selon les souhaits du chef, ils  chevauchaient ! Juste au cas où, ils n’auraient pas reçu la nouvelle ! Les coureurs de nouvelles Ambiens ont les pieds lourds et ceux des Morins les pieds carrés!
     Le « père du clan » jubile ! Il rappelle ses Ambacts !
           Moi, je ne suis rien ou pas grand chose. Mais je cours à la forge. Nous allons devoir travailler dur car le  temps est venu  de sortir  les lances et de forger les épées ! 
Le temps de la guerre est venu!

mercredi 20 février 2013

Uen-Opis (l'Oeil du Clan)

Depuis hier, Maitre Clyde m'a libéré de ma collerette. Mais seulement sous sa surveillance, car (pour ce qu'il m'en a expliqué), il craint qu'en me grattant les oreilles, je ne m'arrache à nouveau ma paupière! Il est nigaud parfois le maitre... Comme si j'allais ainsi me faire du mal! Mais bon, dans le fond c'est touchant.

Mais qu'importe, car en réalité, je savoure! Si vous saviez combien, c'est pour moi un bonheur d'avoir de nouveau accès directe vers mes pattes et mon ventrou!  A peine maitre Clyde m'avait il libéré de ce carcan, que je me suis lancé dans ma toilette! Spécialement celle de mon "intimité" ! 
De vous à moi, çà urgeait  grave, depuis quelques jours!!! Je me suis appliqué et j'y ai mis le temps qu'il fallait!
Je me suis un peu fait engueuler, lorsque je me grattais l’oreille droite et pas du tout lorsque c'était la gauche! Je crois que ça doit tenir au fait que c'est de ce côté là que  ma paupière a été blessée...

En attendant, je vais bien. Juste que maitre Clyde est encore vachement inquiet et que dès que je fais un peu le dingue, il gueule. Mais je sais bien que c'est parce qu'il m'aime et qu'il se fait du mouron pour moi.

Cet après midi, il m'a regardé droit dans les yeux et il m'a dit:
"Avec cette cicatrice sur l’œil, tu ressembles à Commios l'Atrébate."  J'en suis resté baba.
Il faut que vous sachiez que pour Maitre Clyde, Commios, ce n'est pas n'importe qui!  Il est le héros Gaulois qu'il idéalise, un de ses lointains ancêtres. 
Un jour, un ami Gaulois l'a qualifié de "CommioGenos", (descendant de Comm). Mon maitre était ravi. C'est amusant, ce genre de réaction! C'est aussi un peu bizarre. Est ce que je me félicite moi d'être descendant de Marquis? ...

Quoiqu'il en soit, en me surnommant ainsi  "Commios", je sais que maitre Clyde me fait un grand honneur. 
De vous à moi, j'en suis flatté, flatté et ému.


De son côté Einstein s’inquiète un peu. Il me dit:

- "Si tu es Commios l'Atrébate, blessé à la face par un ennemi. Sachant que c'est moi qui t'ai fait mal. Est ce que Maitre Clyde ne voit pas en moi, le Romain Caius Volusenus? Si c'était le cas, je mourais sur le champs!"

Je lui réponds:
-"Ne t'inquiète pas mon frère, je crois que pour maitre Clyde, tu es un peu comme Corréos le Bellovaque! Une tête de mule!"

Cela lui a plu, car il est reparti en dodelinant de la queue.

E'Clyde TriCanauos, ton ami à quatre pattes. 
(En la date du quatrième jour du miđ Ogronn  de la moitié claire de la lunaison de l’an 3885 de l’ère de la bataille de la Plaine des Tertres .)